Adresse à la Nation de Son Excellence Monsieur AZALI Assoumani, Président de l’Union des Comores, à l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale de l’Eau, de l’inauguration du Projet d’adduction d’eau de la Région de Mitsamiouli et du lancement de la Campagne pour les Primaires des Elections Présidentielles
Mercredi 22 mars 2006
Mes Chers Compatriotes,
Ce mercredi 22 mars 2006, est pour la population des régions de Mitsamiouli et de Mboudé, une journée historique, une journée qui fera date.
Nous sommes venus dans cette localité, aujourd’hui, pour inaugurer officiellement une importante adduction d’eau, une réalisation majeure et vitale pour le bien-être de sa population.
Nous sommes ici, pour célébrer également, à l’instar du monde entier, la journée internationale de l’eau.
J’adresse mes remerciements et mes félicitations les plus sincères au Ministère du Plan, de l’Eau et de l’Energie, à toute la population de cette région, pour sa mobilisation et la parfaite organisation de cette cérémonie.
Vous voudrez bien me permettre également, avant d’aborder le problématique de l’eau, de saisir cette opportunité pour souhaiter à nos mères, sœurs, épouses et filles, une bonne journée de la femme, qu’elles viennent de célébrer le 08 mars dernier.
Je leur souhaite de tout cœur, un franc succès, dans le combat justifié qu’elles mènent pour recouvrir leurs libertés.
Sachez Mesdames que vous trouverez toujours en moi un défenseur acharné de vos droits légitimes.
Je suis de ceux qui pensent que pour une évolution positive, harmonieuse et maîtrisée de la Cité, la femme sans laquelle la vie n’aurait pas de sens, doit avoir pleinement sa place.
Les sages ont dit à juste titre, que la femme est l’avenir de l’homme. Elle l’est, dans tous les pays du monde. Elle l’est, aussi, aux Comores.
Il est vrai que des progrès sensibles ont été accomplis, dans le domaine de la promotion du statut et des droits des Femmes.
Je rappellerai à titre indicatif, l’adoption du Code de la Famille, la scolarisation des filles, la promotion de la santé maternelle, la nomination de femmes à des postes de très haute responsabilité, pour leur participation accrue à la gestion des affaires publiques.
Certes, beaucoup de progrès reste à accomplir pour réduire les écarts entre hommes et femmes.
Néanmoins, je me permets d’attirer très respectueusement votre attention. Evitez de tomber dans le Piège de réclamer les droits des autres femmes au risque d’oublier les vôtres propres.
Chacun sait qu’il existe des droits généraux pour toutes les femmes. Les droits de la femme comorienne quant à eux, s’inscrivent dans un contexte tout à fait spécifique.
Chez nous les femmes ont des droits inhérents à notre société qui susciteraient la jalousie de bien d’autres femmes de part le monde.
Ici, la culture confère le droit de la stabilité à la femme, ce qui est un acquis considérable qu’il faut à tout prix préserver pendant que nous luttons pour d’autres droits, nécessaires et utiles, pour vous-même, c’est-à-dire pour nous les hommes et pour le développement harmonieux de notre société.
Je pense que les hommes de ma génération et ceux des générations qui nous ont précédés, devons des prières particulières à nos mères qui se réveillaient chaque jour à 4 heures du matin, pour ne retrouver leur lit qu’à 22 heures ou minuit, au terme d’une journée de dur labeur.
Et souvenez-vous que la première activité de la journée de la mère c’est la recherche d’un ou plusieurs seaux d’eau vitale pour ses enfants.
L’histoire de l’eau, dans la réalité de nos traditions africaines, est indissociable du statut de la femme africaine. La femme africaine a été pendant des siècles, la principale pourvoyeuse de l’eau dans les foyers.
Mesdames et Messieurs, l’eau c’est un grand enjeu mondial et nous devons en être très conscients. La communauté internationale a pris la mesure de l’enjeu et consacre chaque année une journée de célébration suivie de par le monde et c’est pour cela que nous nous sommes rassemblés ici aujourd’hui.
J’adresse nos sincères remerciements aux bailleurs de ce projet et à tous ceux qui, de près ou de loin, ont bien voulu apporter leur concours et soutien à sa concrétisation.
Cette eau, désormais à la portée de la population des villages desservis, vient améliorer, notablement, leurs conditions de vie.
Je ne doute pas que les habitants de cette localité, qui ont investi beaucoup de sueur dans la réalisation de cet ouvrage de grande valeur, sauront gérer, avec efficacité, efficience et économie, cette ressource essentielle et vitale.
L’eau est, comme le dit le Saint Coran, source de vie, depuis la nuit des temps. Elle est aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, un enjeu mondial capital. Elle mobilise toute l’attention, focalise les énergies et affaire la pensée de tous les Grands de ce monde.
La Journée Mondiale de l’Eau, qui est à sa quatrième édition, cette année, s’impose parce qu’elle est un moment de conscience irremplaçable.
Elle permet de mobiliser les consciences nationales sur la nécessité de faire de cette ressource rare et primordiale pour la vie sur terre, un droit à tous pour un usage responsable.
Le thème central retenu cette année est « des actions locales pour un défi mondial », parce qu’en s’appuyant sur les actions locales, il est possible d’améliorer sensiblement la gestion de l’eau, afin de mieux répondre aux Objectifs de Développement du Millénaire, liés à l’eau.
En instituant cette Journée Mondiale de l’Eau, avec chaque année un thème spécifique, le concert des Nations a voulu marquer toute l’importance que les pays et les citoyens du monde doivent accorder à l’eau qui se raréfie de plus en plus, sous les effets néfastes de la gestion humaine sur l’Environnement.
Pour rester accessible, l’eau a besoin d’être protégée et pour qu’elle le soit efficacement, chaque usager, chaque citoyen du village global qu’est le monde, est appelé à apporter sa contribution, notamment en faisant preuve de sagesse et de responsabilité dans l’utilisation quotidienne de l’eau à sa portée.
Cette Journée a également pour rôle d’interpeller, de réveiller et de sensibiliser les consciences du leadership international sur l’urgence à accorder au cas des régions désespérées, là où l’eau manque ou se raréfie, pour des raisons liées à des phénomènes divers, tels que la désertification, le déforestation, etc.
Ainsi, cette Journée de l’Eau, en éveillant les consciences, à l’échelle planétaire, reste un instrument essentiel et efficace pour la promotion de politiques qui, à terme, permettront d’assurer la sauvegarde des réserves d’eau encore disponibles dans le monde, tout en mobilisant les recherches nécessaires afin de trouver des solutions rapides et viables pour les zones et régions sans eau et celles où l’eau se raréfie.
Notre pays a toujours accordé une importance majeure à la célébration de cette Journée de l’Eau, qui est un moment capital pour la survie de l’humanité, car sans eau, l’avenir de l’homme est compromis.
Nous souscrivons au thème de cette année et je voudrais rassurer nos partenaires de la Communauté internationale de notre totale détermination à ne ménager aucun effort, afin que cette problématique de l’eau trouve aux Comores, et à tous les échelons, le soutien requis.
Mes Chers Compatriotes,
Aujourd’hui, la question de l’eau ne se pose plus dans les termes d’un seau d’eau que l’on va puiser au marigot, à la rivière ou au fleuve, encore moins dans la nécessité d’aller à la côte pour ramener de l’eau salée.
Elle se pose en termes d’acquisition des savoirs et des techniques, car l’eau se raréfie alors que les besoins en eau sont immenses, dans nos pays et partout dans le monde.
Pour avoir de l’eau aujourd’hui, en quantités suffisantes, pour nos besoins domestiques et industriels, nous devons creuser à des dizaines, voire des centaines de mètres sous terre.
L’eau utilisée aujourd’hui, dans certains pays, est le fruit d’un travail de transformation complexe, à partir de l’eau salée, puisée dans les mers et les océans.
Pour enrichir les réserves mondiales en eau, une lutte efficace doit être menée contre le phénomène de désertification qui sévit dans certains pays d’Afrique, inquiète sérieusement d’autres parties du continent, et s’avère déjà alarmant pour certains pays européens.
Les réponses appropriées, à la problématique mondiale de l’eau, se posent dès lors, en termes de savoir et de technologie.
C’est donc vers les Universités et les Instituts de formation et de recherche qu’il faut s’orienter pour les trouver.
L’Université des Comores est conçue pour répondre à ce genre de préoccupation. Elle est jeune, mais elle a de l’avenir, par ce qu’elle a de l’ambition. Elle mérite le soutien de tous les Comoriens et de leurs partenaires au Développement.
Cette institution mérite le soutien de tous. Les comoriens doivent se l’approprier, en faire leur œuvre et contribuer à la réflexion menée par sa direction pour assurer son financement, afin de la rendre crédible et pérenne, et ainsi, forcer l’estime et obtenir l’appui de nos partenaires extérieurs.
Je me permet de rappeler que les pays dotés de ce genre d’institutions, ont commencé comme nous, avec peu de moyens.
C’est à force de conviction, de persévérance et de ténacité qu’ils ont atteint leurs objectifs.
Beaucoup de pays, ayant des moyens similaires aux nôtres, nous accordent leur amitié et leur générosité, en accueillant dans leurs institutions de formation supérieure, beaucoup de nos enfants. Qu’ils en soient sincèrement remerciés.
L’Université des Comores qui remplit actuellement une mission essentielle et fondamentale, est appelée à prendre peu à peu le relais. .
Elle permet déjà, de former, dans la paix et la sécurité, et à l’abri des réseaux et des influences malfaisantes de toutes sortes, des milliers de jeunes étudiants comoriens, dans notre pays, à des frais moindres par rapport à leur séjour à l’extérieur.
Notre Université ne doit pas être considérée comme une université par défaut, car mon Gouvernement a mis en œuvre des actions de coopération avec d’autres Universités, pour que les formations dispensées à nos enfants, soient performantes et leurs diplômes pleinement reconnus de part le monde.
L’avenir d’un pays, Mesdames et Messieurs, se mesure à l’aune de la préparation de sa jeunesse.
Notre jeunesse est nombreuse. Elle représente plus de 60% de notre population totale. Elle est notre espoir.
Nous devons persévérer dans notre détermination de lutter contre l’oisiveté des jeunes. Cette jeunesse doit être qualifiée et suffisamment outillée pour mieux s’insérer dans la dynamique de notre développement.
Ce sont là, certains des jalons que nous avons posés. C’est dans cette voie que notre pays devra persévérer dans les années à venir.
Mes Chers Compatriotes,
Il y a quelques heures, comme cela est fixé par le calendrier régissant le prochain scrutin présidentiel, a eu lieu le coup d’envoi pour le lancement officiel de la campagne électorale, au titre des Elections Présidentielles Primaires qui se tiendront, le 16 avril prochain, dans l’île autonome d’Anjouan.
Ces élections représentent une étape majeure, capitale et décisive, pour le devenir de notre pays.
Elles constituent un moment crucial pour la maturation du processus que nous avons amorcé, avec le soutien inestimable de nos partenaires et amis de la Communauté internationale, afin de faire faire des Comores, notre pays et notre patrie, une terre de démocratie, d’Etat de droit et de bonne gouvernance.
Aussi, ces élections sont-elles très attendues par le monde qui nous observe. Elles devront être, par conséquent, une parfaite réussite.
Je rends hommage à la Cour Constitutionnelle et aux Commissions nationales et insulaires chargées de la préparation de ce scrutin. Elles se sont, jusqu’ici, parfaitement acquittées du travail qui est le leur. Je les encourage à persévérer dans cette voie.
Sachez, Mes Chers Compatriotes que le monde qui s’est massivement mobilisé pour notre pays, voici plusieurs années, pour lui apporter son assistance, lui prodiguer ses conseils et l’aider à se relever du coup su sort, attend de ces élections beaucoup de sérieux et de responsabilité de notre part.
Le Peuple comorien devra, à travers le verdict de ces dates historique, prouver sa détermination à inscrire les Comores, de façon irréversible, sur la voie du développement et du renouveau socio-économique.
Il est appelé, dans ces élections, à montrer sa capacité d’ouvrir les Comores au monde, pour conforter la dignité retrouvée de notre pays, dans le Concert des Nations libres, cette enceinte des Peuples épris de paix de liberté.
Et, il me paraît important de rappeler que nous venons de très loin et que nous devons, plus que jamais faire preuve de vigilance.
J’ai toujours souligné la fragilité qui caractérise encore le tissu institutionnel de notre pays.
Je demande, encore une fois, à ce que chacune et chacun fassent l’effort de ne rien faire qui puisse compromettre les acquis obtenus, au terme de nombreux sacrifices, dans le cadre du processus de réconciliation nationale.
Alors, mes Chers Compatriotes, faisons en sorte que ces avancées saluées par le monde entier, qui sont le fruit de nos efforts et de nos sacrifices conjugués, et qui font aujourd’hui notre fierté, éclairent d’une lueur certaine et durable, le chemin que nous avons décidé d’emprunter, pour le développement de notre pays.
Ainsi, saisissons chaque occasion qui s’offre à nous et mobilisons toutes les conditions requises pour pérenniser l’unité nationale, la cohésion sociale et la paix civile qui sont les socles d’une vie commune garantissant le progrès de tous et la prospérité de chacun.
C’est la toute première fois, Mesdames et Messieurs, que notre pays aura la chance de vivre une succession à la Magistrature Suprême, dans la paix et la sérénité.
C’est la première fois, en effet, qu’un Président de notre pays, élu au suffrage universel, aura la chance de passer le flambeau à son successeur, choisi également au terme d’un scrutin démocratique, libre et transparent, et ce serait un atout inestimable pour le prochain Président de notre pays .qui incarnerait avec la dignité requise, la destinée des Comores Nouvelles, pour les quatre années à venir.
J’adresse, au nom de tous les Comoriens, nos sincères remerciements à toute la Communauté Internationale, pour sa mobilisation permanente à nos côtés.
Je rends hommage au soutien multiforme qu’elle ne cesse de nous apporter dans nos efforts de consolidation des acquis de la réconciliation nationale.
Grâce au concours de la Communauté internationale, notre pays dispose aujourd’hui d’un Document de Stratégie de Croissance et de Lutte contre la Pauvreté assorti d’un Plan d’action portant sur les années 2006-2009.
Et grâce à générosité, exprimée notamment à la Conférence de Maurice, nous avons à notre portée des moyens conséquents pour engager le pays sur le chemin de la reconstruction nationale et de la promotion du bien-être de notre peuple.
Mes Chers Compatriotes,
Je sais que la période d’une campagne électorale n’est pas un moment comme les autres.
Souvent, pour défendre leur camp, les partisans, voire même les candidats eux-mêmes, ont tendance à céder aux surenchères et à laisser libre cours aux passions.
Je rappelle que la prochaine campagne électorale est l’occasion, pour chacun des concurrents à la Magistrature Suprême de notre pays, de présenter aux Comoriennes et Comoriens, sa vision des Comores de demain.
Cette campagne présidentielle doit être le cadre d’un débat politique responsable, dans la paix, la sérénité et la cohésion nationale.
Rien, absolument rien ne doit nous faire oublier l’impérieuse nécessité de rester unis, dans la diversité de nos point de vue, car chacun de nous, candidat ou militant, n’a en vue qu’un seul et unique objectif : le développement des Comores Nouvelles, dans la paix, la sécurité, le progrès et la prospérité.
Il est dommage et regrettable qu’une partie de la Presse de notre pays ne sache pas encore suivre l’exemple de leurs confrères des autres pays.
Ailleurs, les presses nationales savent faire la différence, entre l’objectif et le subjectif, une critique nocive et une critique constructive, le sentiment national et l’esprit partisan.
Ailleurs, les informations sont traitées avec objectivité et les presses ne ratent jamais une occasion pour promouvoir l’image de leur pays.
Chez nous, malheureusement, c’est totalement l’inverse que nous vivons. Une partie de notre Presse est restée encore dans l’amateurisme et elle agit sous l’emprise d’une passion haineuse et susceptible de dévaster tout ce qui peut, sous quelque forme que ce soit, contribuer à rehausser l’image d’un pays, pourtant en quête de crédibilité.
J’en appelle à leur sens de responsabilité, car dans l’œuvre de reconstruction nationale en cour, chacun doit impérativement apporter sa contribution.
Je voudrais rappeler à chacun des concurrents que sur les quatorze candidats en lice pour cette course présidentielle, un seul doit triompher, pour présider à la destinée de notre pays, durant les quatre prochaines années !
Alors soyons « fair-play », comme disent les sportifs, pour que l’Union des Comores, notre Nation sorte grandie de cette nouvelle et décisive épreuve !
Pour terminer mon propos, je voudrais souhaiter succès et réussite, à chacun des concurrents pour la Magistrature Suprême de notre pays. Et que le meilleur gagne !
Vive l’Union des Comores dans la paix et l’unité !
Je vous remercie.